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Maglau

FETISH BALLAD

par MagLau.

 

Préface de Véronique Bergen.

 

Corps mutants dans la nuit

 

D’emblée, la singularité de l’œil de MagLau nous saute au visage par sa proposition d’un autre regard sur la scène fétichiste. Loin de toute pose, l’objectif capte des instants volés, des fragments de vie nocturne. Les participants pris sur le vif ne surjouent pas. L’esthétique rompt avec le glamour, le lisse d’un certain fetish art. Dans les soirées fétiches qu’il a photographiées à Amsterdam, Berlin, Bruxelles, Paris, Tokyo durant des années, l’artiste a privilégié le décalé, les flux de joie, de détresse, de jouissance.

 

On peut percevoir dans cette pérégrination dans le monde du cuir et des chaînes, du latex et des cordes des accents de Nan Goldin…  Comme une parenté, un lointain hommage, sans mimétisme aucun, au travail "The Ballad of sexual dependency".

 

Les codes du fétichisme sont moins détournés que rejoués du côté de l’émotion, des coulisses : il s’agit de passer derrière, sous les combinaisons en latex, de descendre dans la musique des corps encordés, tatoués, entravés. Sans les mettre en scène, MagLau capte les tribus néo-fétichistes qui s’inventent d’autres devenirs, d’autres sexualités. Il n’y a rien de figé dans les photographies en noir et blanc qui jouent avec le flou pour convoquer l’univers des fantasmes.

 

Le dispositif des images déploie un dialogue, des résonances affichées ou implicites entre les photographies qui se font face. Davantage qu’un jeu formel entre motifs de la page gauche et échos des motifs sur la page de droite, MagLau redouble les métamorphoses des acteurs fétiches (en animaux, robots, poupées, mutants…) par leur confrontation avec des instantanés de la vie urbaine, du règne animal ou de l’inanimé.

 

Fetish ballad est un night club life movie des pulsions sauvages, régressives, futuristes, « déviantes » au sens où elles ne suivent pas l’axe des normes sociales.

Fetish ballad nous invite dans des espaces-temps où se délivrent des concrétions d’inconscient, des explosions des sens, des constructions de soi minoritaires.

 

Les pissotières, les backrooms gays, les pony boys et pony girls, le monde des travestis entre Genet et Almodovar, des drag queens, les orgies des libertins, les gothiques, les créatures cyborg, mutantes, les corps traversés de piercings révèlent des strates enfouies de leurs royaumes par les correspondances déroutantes avec des paysages urbains, marins, des animaux, des architectures.

 

Au travers de l’agencement duel, le spectateur perçoit les vibrations d’une même et unique vie qui flue, qui migre d’humains adeptes de parures et d'ornements, de trans-identités à des éléments naturels à leur tour décentrés.

La frontière entre humains et monde animal, entre monde animé et règne inanimé se fissure. S’inventer d’autres corps, explorer ce que Deleuze, dans le sillage d’Artaud, nomme un Corps sans Organes au travers du BDSM, du bondage, des rubber dolls, c’est ouvrir l’existence à son dehors, ses marges, illimiter les pratiques désirantes, dans une quête d'absolu.

 

Plutôt que de se focaliser sur l’enjeu sexuel, sur les pratiques érotiques, MagLau décentre le génital vers des flux érogènes déterritorialisés. Le livre acte ainsi ce que la scène fétichiste performe : le décentrement du plaisir vers le désir, la secondarisation du génital par une délocalisation de la jouissance.

 

À Tokyo, c’est le hors-fête qui est éternisé, l’homme gainé dans sa combinaison fume une cigarette tandis que la photo en vis-à-vis donne vie aux nervures d’un mur. Où commence, où s’arrête le fétichisme ? Le gothic dark, le vinyle, le pvc, le métal imitent, revisitent les pelages, les armures, les écailles, les plumes des oiseaux, des mammifères, des ophidiens.

 

C’est ce face à face de séquences fétichistes et de tableaux de la vie ordinaire qui est saisissant. Il permet d’ouvrir le fétichisme à d’autres terres. Il fait éclater les codes et les stéréotypes dans lesquelles la création photographique enferme souvent le fétichisme.

 

La confrontation entre une créature aux tétons surmontés de cornes et un chat malade au pelage trempé comme l’est le corps couvert de boue provoque en nous un séisme scopique qui ricoche sur tous les sens.

 

Nos grilles perceptives sont désarçonnées, le visible sort de ses gonds par les subtils réseaux de correspondances entre des fragments de réel hétérogènes. Par l’humour des associations, une dédramatisation se produit. Les clous ornant les manches d’une combinaison noire d’une catsuit gagnent une autre valence symbolique, esthétique par leur mise en relation avec un étal de brochettes.

 

Une bouche entrouverte sur un cri muet se prolonge dans celle d’un poisson nageant dans une eau presque solide. Les entailles, les encoches sur la chair qui calment la faim d’un ailleurs se juxtaposent aux ruines, au délabrement des lieux. Sortie ludique de la finitude et théorème de l’usure vitale se répondent. La réinvention de l’anatomie se heurte au chant du cygne. L’existence est un ring de boxe, la mort à mettre au tapis se présente comme une poupée blonde.

 

Les lanières, les sangles des harnais enserrant des corps nus, le jeu de la verticalité et des lignes horizontales entrent en résonance avec les lignes architecturales courbes d’un trottoir, avec les forêts de lignes verticales d’une porte et de garages.

 

Escalier désaffecté, corps réaffectés à d’autres jouissances, alchimie de la souffrance et du plaisir, libération par un esclavage joué et assumé…

 

MagLau apparie des réalités disparates dont il détecte des zones de ressemblance, qu’elles soient d’ordre formel, conceptuel, symbolique. Les matières synthétiques, les objets fabriqués affirment leurs liens avec la nature. Dans l’ère de l’Anthropocène, il n’y a plus ni nature « naturelle » ni artifice culturel. Le sexe est minéral, l’océan est sexuel. Des pans de l’univers se répondent. L’hypnotique image d’un squelette agenouillé, en position de prière, mains levées vers le ciel ou vers l’enfer, offre l’écho de la catwoman au masque en latex.

 

Un homme d’âge mur, anti-Prométhée moderne, enserré dans un harnais, qui nous offre les abysses de son regard, une créature à tête d’oiseau… MagLau ne se tient pas à l’écart de la scène underground, ne l’objective pas, n’induit pas par sa présence une surfétichisation des acteurs. Plongé dans les fêtes fétiches, il traverse le miroir de l’exhibitionnisme et défait l’exercice voyeuriste. Le grain brut du noir et blanc laisse émerger les affects, les tensions mentales lisibles à même les corps travestis, masqués, androgynes, enveloppés d’une seconde peau.

 

Par-delà les associations, le zoom sur des détails, des fragments corporels accentuent la subversion, le désaxage de la grammaire, de la logique des scènes underground. Des cygnes blancs, des murs éclaboussés de graffitis, un chien engoncé dans une poussette ricochent sur des pony boys et des pet girls. Des réseaux se mettent en place entre animaux empaillés et humains en celluloïd, entre rites occultes d’initiation et masques animistes, rétrofuturistes.

 

Les tourbillons d’écume d’une mer en furie côtoient le retrait intérieur d’un homme camisolé. Entre une statuette africaine mâtinée d’extra-terrestre et les motifs tribaux d’un crâne tatoué, des formes archétypales surgissent, lesquelles abolissent le temps et l’espace.

 

Il n’y a plus de frontières. L’homme se trans-animalise, se végétalise, la nature s’anthropomorphise, l’imaginaire s’inscrit dans le réel, la transe des sens, des corps qui se rencontrent épouse l’extrême solitude. Rien n’est plus vrai que le faux, rien n’est plus sérieux que le jeu. L’abject est sublime, le beau est laid, le laid est beau… nous dit Robert Mapplethorpe. Fair is foul, foul is fair entonnent les trois sorcières dans Macbeth. Quelques siècles plus tard, Robert Mapplethorpe écrit "Beauty and the devil are the same thing". La nuit tombe dans la gueule du jour, la folie virevolte funambule sur le fil de la raison. Chaque fête semble répéter sa fin, sa naissance avortée.

 

Amputé de sa partie supérieure, un mannequin de bois monte la garde au milieu de figurines de Blanche-neige et des sept nains.

La délivrance côtoie le « no future ». Le nihilisme de la punkitude du XXIème siècle allie quête du crépuscule et voyage vers la lumière.

Le vide reste béance. Personne n’est captif de la cage ornée des lettres « SLAVE ». Les signes s’effilochent, abolis à force de proliférer.

 

Une cérémonie anale des fleurs, un visage piétiné par un pied nu tatoué comme un vitrail de cathédrale… autant de bribes de fêtes queer et cuir. Lors de rencontres d’un soir arraché au temps, on creuse dans la nuit des heures qui appartiennent à l’éternité. La vie brûle, la nuit est intérieure. On se cogne le crâne contre un ballet de lustres, on s’adonne à des amours fauves dans une cage à barreaux.

Les contraires se brouillent, adoration et profanation, enfer et extase passent l’un en l’autre.

Dans ces rituels païens, les garçons sauvages de Burroughs sautent à la gorge d’un réel trop lisse. L’ombilic du monde est saphique. Les voies de la jouissance ont pour noms arc-en-ciel de substances illicites, crissement des talons aiguilles sur un cristal fêlé.

 

Les tribus de la nuit courent plus vite que la mort, courtisent l’abîme. Exister, c’est s’inventer des vies tournoyantes, explosées, mordre, embrasser les lèvres des dieux fétiches.

Dans la vie, tout est une question de lignes qui bifurquent, qui s’affranchissent de leurs limites. Les lignes du corps, des pulsions, de coke, de paysages géographiques et mentaux fuient dans des univers parallèles.

 

La solitude monte de corps sans destination. La part maudite de Bataille s’est transcendée dans des modes de subjectivation alternatifs. Les émois de la transgression, de la subversion des interdits et des normes se sont transfigurés en subcultures kinky explorant de nouveaux styles de vie.

 

Les photos de MagLau nous griffent, nous caressent, nous cinglent. Elles délivrent des cérémonies d’un érotisme noir, des messes a-théologiques où la mort prend peur d’elle-même.

 

Le livre refermé, le monde nous délivre des langages initiatiques, des polarités marginales. Dans la nuit rock’n roll, la voix de Lou Reed monte, déhanchement de Venus in fur.

 

     Kiss the boot of shiny, shiny leather

     Shiny leather in the dark

     Tongue of thongs, the belt that does await you

     Strike, dear mistress, and cure his heart.

 

Dans la nuit en feu, une ballade culte: une ballade au Fetish land.

Biographie

 

MagLau est la fusion de deux artistes, unis dans le travail et dans la vie.

 

L'un est peintre, l'autre est photographe. Ils vivent et travaillent à Bruxelles.

MagLau est la résultante de cette rencontre amoureuse qui leur a fait unir peinture et photographie. Dialoguant avec leurs sensibilités et leurs histoires propres, ils y développent une esthétique sombre, où le noir domine entre éclats de lumière intense.

 

MagLau nous propose une ballade dans un monde imaginaire "underground" qui est le produit de leurs peurs, fantasmes et désirs. Dans une sorte de nouveau surréalisme, les matières et les procédés se mélangent pour former des œuvres uniques qui se reconnaissent immédiatement par leur force et leur originalité.

 

Ils ont fait de nombreuses expositions individuellement ces cinq dernières années mais exposent pour la première fois ensemble en Belgique.

 

 

Solo exhibitions

 

2013

"Back to the Museum" / Gallery Pascal Polar - Brussels, BE

 

2010

"Back and Black" / Gallery Pascal Polar - Brussels, BE

 

 

Principals collectives exhibitions

 

2015

My Nightmare / Galeria Valid Foto - Barcelone ,ES

 

2014

Les rencontres photographiques - Le Mans, FR

 

2013

Pop-up exhibition for the little dream foundation / Gregoire Vogelsang gallery  - Brussels, BE

 

2012

"Valentine" / Begramoff Gallery - Brussels, BE

 

2011

"Persona" / Darkroom Gallery - Vermont, US

"An Art Path" / Gallery Pascal Polar - Brussels, BE

"Contrasts", "Shoot for Good" association / Tours &Taxis - Brussels, BE

 

2010

"Tout est mini" / Garden Gallery - Brussels, BE

"Movements!", "Shoot for Good" association / Tours &Taxis - Brussels, BE

 

2009

"OH MY GOD", "Shoot for Good" association / Tours &Taxis - Brussels, BE

 

 

contemporary art fairs

 

2013

Singapore Art fair / Bruno Art Galler - Singapore, SG

 

2012

New York Art affordable fair / Gregoire Vogelsang Gallery - New York US

Brussels Art affordable fair / Begramoff Gallery - Brussels, BE

 

2011

Brussels Art affordable fair / Begramoff Gallery - Brussels, BE

 

 

Publication

 

"Back to the Museum" / Éditeur : Husson Editions, 100 pages, April 2013

Design : Pollen design 2015